Anne-Marie DRANSARD : « SIGNES ET BLESSURES DU CORPS », Souffrance du sujet et déplacement du regard le11 mars 2022

Etudes Pratiques de Psychopathologie
Cycle de Conférences : Le Corps en questions
Anne-Marie Dransart le Vendredi 11 mars 2022
« SIGNES ET BLESSURES DU CORPS »,
Souffrance du sujet et déplacement du regard

 

Jean-Luc de Saint-Just : C’est avec un grand plaisir que nous accueillons de nouveau à Lyon Anne-Marie Dransart pour reprendre ce cycle de conférences sur le « Corps en question » après deux ans d’interruption pour cause de COVID. Nous n’avons pas souhaité diffuser ces conférences par Zoom, justement parce que c’est du corps dont nous voulions parler.
Anne-Marie Dransart : Je souhaiterai, tout d’abord, remercier Jean Luc de Saint Just pour la tenace courtoisie avec laquelle il a tenu bon afin que nous puissions nous rencontrer malgré toutes les difficultés liées à cette pandémie. Et je remercie l’Ecole de Lyon d’accueillir une nouvelle fois le travail que je peux vous proposer. Après bien des reports, nous voici aujourd'hui dans la possibilité de travailler ensemble sur ces questions concernant le corps.
C’est vrai par rapport à ce que souligne Jean-Luc de Saint-Just, travailler ensemble sur ces questions du corps. Je suis tombé, après avoir écrit ce que je voulais vous dire aujourd’hui, sur la première mouture de ce que j’avais prévu de dire la première fois, en mars 2020. ce n’était effectivement pas du même ordre.
Je devais faire cette conférence il y a deux ans au moment où nous avons vécu le premier confinement. Je l’avais centrée sur la question du regard, en m’appuyant sur l’exposition qui avait eu lieu à Lyon sur le « Drapé », de comment l’artiste partait du corps nu et le drapait, drapait le deuil, drapait à partir du corps. En reprenant les notes que j’avais préparées à l’époque, je me suis rendue compte que je m’en étais totalement écartée, donc je ne vais pas du tout vous parler de cela. C’est clair, j’ai complètement changé.
Jean-Luc de Saint-Just : C’est dommage, cela donne envie !
Je ne vais pas vous parler de cela, parce que ce qui m’a interpellé, c’était déjà un peu le cas avant la pandémie, cela m’a d’autant plus touché avec la manière dont on a pu utiliser le numérique. Et comme Jean-Luc de Saint-Just le disait tout à l’heure, le Zoom, la facilité du Zoom, qu’est-ce que cela implique ?
C’est vrai que nous sommes dans un moment douloureux de maladie et de guerre où les corps sont engagés dans une lutte que l'on peut définir à partir de cette référence hégélienne comme une lutte à mort.
La mort pouvant être comme le souligne Charles Melman l'arrêt de toute circulation signifiante (ce qui se passe actuellement en Ukraine en est un dramatique exemple, les impossibles négociations, pour l’instant, présentent un immobilisme de la parole qui ne peut manquer d'entraîner des morts).
Le déclin du corps propre avec l'âge, et la dissociation de ce corps d'avec le symbolique qui l'anime, nous poussent à rechercher la parole peut-être magique qui viendra le guérir : « dites seulement une parole et je serai guéri »
.Sauf qu’actuellement, ce n'est plus de ce côté qu’est attendue, espérée une guérison. Elle est attendue du côté du discours scientifique. Le discours scientifique, en rejetant le religieux en tant que Parole révélée, rejette en même temps tout ce qui ne tient pas à une écriture, écriture mathématique qui permettrait de faire avancer le Réel.
Nous bénéficions de ces avancées de la science et nous en subissons également les effets du côté justement d'un rejet, d'une forclusion de la vérité en tant qu'elle parle. Même si, nous dit Lacan, la vérité ne dit pas la vérité, mais c’est en tant qu'elle s’inscrit d’une parole, que cette vérité mi-dite inscrit la vérité du sujet divisé.
C'est cette part de la vérité que la science rejette. Ce qui nous met dans cette drôle d'ambiguïté de bénéficier, à la fois des techniques issues des avancées scientifiques, et en même temps de nous trouver, comme beaucoup l'ont déjà dit, dans un système où l'on ne retrouve plus aucune butée jusqu'à pouvoir l'écrire, comme le titre Jean-Pierre Lebrun dans son dernier ouvrage : « Un immonde sans limites ».
Les nouvelles techniques d'échange nous proposent des relations en distanciel, c'est-à-dire hors corps. Les expressions ne manquent pas qui nous font entendre combien la consistance du corps propre vient porter, signifier la division subjective qui l'anime : à corps et à cris, à corps perdu, corps à corps… et même le titre de la revue lacanienne : « Les éclats du corps ».
Et justement, dans ce numéro 22 de 2021 il y a un article très intéressant que vous avez sûrement lu, article de Thierry Florentin : « Pas de psychisme sans corps » p.59 à 68. Thierry Florentin, psychiatre et psychanalyste qui travaille avec l'école de Sainte-Anne, fait état dans cet article de ce coup de tonnerre le 17 mars 2020 - il y a maintenant 2 ans - qui a vu stopper net toute activité, nous obligeant pour assurer une certaine continuité à recourir à l'outil numérique, voire pour les enseignants à s'y former dans l'urgence, pour tout un chacun également, bien sûr le téléphone, mais aussi le télétravail avec la mise en place de la visio : visioconférence, visio-formation, visio-consultation.
Ceci a entraîné une accélération vers cette forme d'échange déjà utilisée, mais ce qui était contingent est devenu nécessaire, amenant une sorte d'impératif, une obligation vis-à-vis de laquelle certains ont pu se plaindre, voire se dresser contre. Depuis, malgré l'apaisement du contexte sanitaire, on a vu jaillir deux nouveaux signifiants dans la langue : distanciel et présentiel. Présence ou distance du corps qui en fait est une absence.
Très justement Thierry Florentin analyse les conséquences de ce nouveau dispositif du côté du transfert, et des conséquences que cela a, de cet accent mis sur l'image de l'autre - image sans qu’aucun regard ne puisse s’échanger (et pour cause : soit je regarde la caméra, soit je regarde l’écran, de sorte que nos regards ne peuvent se croiser). La conséquence que cela peut avoir sur ce concept fondamental de la psychanalyse qui est le transfert, est que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le corps n’y est pas. En fait le corps propre, sa consistance, mais aussi ses signifiants et son Réel son pris, noués, à cette dialectique asymétrique entre analystes et analysants. Ils y sont !
Lorsqu’il y a - comme cela se passe dans cet échange numérique - quand il y a de cette façon là une prépondérance de l’image, il y a donc un effacement de la disparité des places avec la prépondérance de l'image, et de façon concomitante un effacement des coordonnées spatio-temporelles.
Dans l'organisation d'un discours social, la place de ces outils numériques promus par les Gafa sont devenus une évidence dans cette aspiration à une communication qui se veut sans malentendu, sans sujet de l’énonciation. Avec pour corollaire une brutalité dans les échanges qui s'exprime par nombre d'humiliations, de vexations, et leur cortège d’agressions, de haine. Dans l'écriture numérique tend à se perdre justement la courtoisie, c'est-à-dire la reconnaissance de l'autre en tant que sujet divisé, et son acceptation. Il y a alors une réponse commandée souvent par un narcissisme exacerbé dont ne subsiste plus que la dimension imaginaire.
Pour nous, il est devenu nécessaire d'en repérer les effets autres que symptomatiques, et de noter ce qui commence à se dessiner des conséquences à venir sur l'économie psychique et sur les formes cliniques qui pourraient en résulter.
Nous avons pu, de la même façon, assister aux conséquences de la rupture hors toutes limites entre sexualité et fécondation, au point de remarquer même la disparition du mot sexe, sexuel par exemple : les transsexuels sont devenues des transgenres dans ce procès qui pousse à déplacer la question du sexuel (désir et pulsion) du côté de la recherche d'identité.
Il s’agit donc de forclore le sexuel et de boucher ce trou que nous avons tant de difficultés à accepter en tant que manque fondamental et structurant. A le boucher, ou tout au moins, le masquer derrière l’image, ce qui n'est pas sans conséquences sur la jouissance. Je vous recommande le livre de Pierre-Christophe Cathelineau justement sur ces questions sur la jouissance : « L’économie de la jouissance », EME, 2019.
Rencontrerons-nous, dans cette nouvelle avancée issue du discours technoscientifique à propos du numérique, les mêmes difficultés et les mêmes risques qu'en ce qui concerne la question de la rupture entre fécondation et sexualité ? Il ne s'agit nullement de critiquer ou même de dénoncer ce que les FIV ont permis pour certains couples de réaliser vis-à-vis d'un vœu d'enfant, d’autant que certaines levées d’inhibition ont parfois permis par la suite la venue d'un enfant de façon naturelle. Comme il ne s'agit pas non plus de dénoncer ce que nous permet l'instrument numérique, mais bien de saisir que nous sommes dans un changement de paradigme que Lacan à plusieurs reprises a prophétisé, notamment en 1969 dans son séminaire « d'un Autre à l’autre ».
Et c’est justement en s'appuyant sur l'outil mathématique que Lacan a pu dans ce séminaire faire apparaître ce qui constitue un enjeu pour le sujet. Je ne reviendrai pas sur son élaboration, nous manquons de temps à présent pour approfondir cette vaste question. Mais son élaboration, déjà amorcée en 1963 dans la leçon inaugurale du séminaire « Les Noms du père », séminaire qui n'a pas eu lieu, où il est question de ces objets, objets pulsionnels - sein, fèces, regard, voix - objets qui, pris dans le désir de l'Autre, vont choir dans l'angoisse inaugurale qui lie le petit à l’Autre. La question est toujours celle de la chute de l’objet.
Cette chute de l'objet est bien ce qui va constituer, pour le sujet, l'organisation de son fantasme fondamental avec l'élection de cet objet en place d'agalma. Le point important, c’est que le sujet croit que son désir vise cet objet, alors qu’il s’agit du point extrême de la méconnaissance de cet objet, en tant que cause de son désir. C'est parce que cet objet petit a vient faire trou dans l'Autre qu'il prend son sens sexuel auquel le sujet est aliéné, et qui vient border sa jouissance. Sans cette aliénation au fantasme fondamental, la jouissance n'est plus bordée et tend à se déployer à l’infini, de façon exponentielle.
Lorsque nous travaillons sur les questions psychosomatiques par exemple, ou comme a pu l'évoquer Melman sur ces souffrances d'expression somatique, nous sommes confrontés justement à ce qui ne circule plus au niveau symbolique, à un effet de stase de l'objet petit a, stase dans l’Autre.
Nous pouvons insister sur l'importance de cette stase, que nous pouvons entendre évidemment comme un arrêt sur image. Ceci d'une certaine façon peut nous ramener à nos échanges en visio où nous pouvons reconnaître cet arrêt sur image. Une image omniprésente qui régit également les échanges sur les réseaux sociaux, où non seulement on peut reconnaître l'utilisation d’une image, mais surtout où l'écriture elle-même fait image.
Le corps propre dans sa consistance, sa consistance sexuée, se trouve exclu au même titre que les signifiants qui l'animent. Là, je me suis fait un petit plaisir en vous lisant un petit passage que vous connaissez sans doute. C’est extrait d’une conférence préparatoire au colloque sur le regard qui a eu lieu à Grenoble en 1999. Dans l’une de ces conférences Marcel Czermak s'appuie sur une anecdote rapportée par un psychiatre lors d'un congrès, que je vais vous lire :
« Je veux vous raconter une petite anecdote que je rappelais tout à l'heure à nos amis, une petite histoire racontée par un psychiatre. Le gars va à la tribune et raconte que dans les semaines qui précèdent il a reçu un coup de téléphone de Madame Untel :
« Vous vous souvenez de moi, je vous ai vu il y a 20 ans, j'avais vu un tas de praticiens vous m'avez reçu une fois et, depuis j'ai été guérie et je n'ai plus jamais eu besoin de consulter quiconque. »
Il se souvient en un éclair de cette femme qui avait pris rendez-vous avec lui. Cette femme était belle, très belle, belle au point que l'ayant gardée près d'une heure, quand elle était sortie de son bureau il ne savait pas un mot de ce qu'elle lui avait dit, et il avait donc marqué sur sa fiche de consultation : «  Madame Untel ? »
Il est bien évident que, dans une histoire comme celle-là, il avait été amené à y déposer son regard comme on y déposerait les armes, et il est tout aussi vraisemblable que cette femme si belle devait souffrir de cette maladie de ces femmes trop belles à savoir : qu'est-ce qu'on veut de moi, mon oreille, mes fesses, mes tétons, mon regard ?
Dans ce jeu qui s'était produit entre cet homme et cette femme, cette femme si belle et qui parlait et cet homme qui était happé, tout ceci s’était passé les corps étant présents. »
Alors, très jolie annecdote que rapporte Marcel Czermak, que se passe-t-il quand les corps n'y sont pas ? Quand dans des échanges il n'y a pas cette butée ?
J’ai insisté sur ce qui dans ces échanges par visio va se fixer sur une image dont il semble bien difficile de se déprendre. La sienne propre et celle de l’autre qui ne se rencontrent pas. Nous sommes confrontés à la dissociation entre l'image et le regard. Ceci m’amène à évoquer le mythe de Narcisse, et peut-être à nous appuyer sur la lecture si intéressante qu'a pu en faire Gabriel Balbo avec ce refus d'être aliéné par l'objet chez Narcisse. Je ne reprends pas le mythe de Narcisse, je pense que tout le monde l’a en mémoire. Je cite Gabriel Barbo : « S’il n'y a pas d’aliénation, qu'est-ce que c'est ? L’aliénation dans laquelle se trouve Narcisse par rapport à cet Autre qui se trouve en face de lui, c'est une aliénation où tout ce qu'il regarde, où tout ce qui le regarde, lui est de sa part refusé jusque et y compris son fantasme. »
Refus d'être aliéné à son fantasme. Balbo précise : « Cet homme vierge (Narcisse) ne voulait absolument pas de cette aliénation à son fantasme, et donc il allait à la chasse. Lorsque l'on est vierge on va à la chasse ! (Intéressant pour nos chasseurs !) Dans l’Antiquité, nous dit-il, aller à la chasse était très mal vu des femmes, et pour les anciens dans l'Antiquité le narcissisme était la pire des démences. »
Il me semble que nous pouvons nous arrêter sur ce qui se passe dans cette fascination à laquelle nous soumet l'image. En effet, de cette fascination va découler le refus de l'aliénation au fantasme. Je pense que cette lecture de Gabriel Balbo est tout à fait intéressante et assez juste. Ceci peut paraître paradoxal au moment où l'on peut se gargariser d'une libération sexuelle, qui en fait fonctionne comme une consommation, ou alors comme une dénonciation de toute relation engagée au titre qu’il s’agit d’une dépendance addictive, voire d’une domination de l’autre. Le refus de l'aliénation au fantasme, c'est-à-dire le refus de ce qui cause le désir, est un refus de toute aliénation à une sexualité.
Nous retrouvons là ce qui, dans ce refus de tout engagement sexuel, pousse à se rabattre sur une recherche d'identité du côté imaginaire. Si nous reprenons les tableaux de la sexuation, il ne s'agit plus pour un homme d'aller rechercher son objet chez l'autre en position féminine, mais bien une tentative de venir l'incarner, l'ornementer du côté du corps propre par certaines démonstrations.
Et justement, les tatouages, les scarifications, les automutilations, toutes ces manifestations tendent de façons plus ou moins violentes à faire souffrir un corps dans la démonstration sacrificielle d'une douleur analogue pour certains à celle de l’enfantement. Comme c'est le cas à propos de la « Sun danse », la danse du soleil, où par des suspensions, dans ce rituel chez les Indiens Mandans, il s’agissait pour un homme de souffrir de façon à aller du côté de la souffrance d’une femme au moment de l’enfantement, Les indiens Nacota aussi avaient ce genre de rituel avec des suspensions. Cette « Sun Danse » est assez au goût du jour aux USA, mais dans un tout autre perspective, détournée de son origine où il s'agit maintenant de trouver une forme d'extase, de retrouver une pure jouissance du corps propre. Déjà, on entend ce déplacement.
Si le dispositif de l'échange visuel, de par la prééminence de l'image, vient occulter l'engagement du corps propre en tant que consistance du sujet désirant, on peut mesurer combien nos jeunes générations addictes à cette forme d'échange se trouvent en difficulté, par tout ce qui les pousse à refuser cette aliénation au fantasme fondamental ?
Comme pour le patient psychotique, mais de manière éphémère ou tout au moins symptomatique, à la différence de la psychose, l'inscription sur le corps propre va constituer une manière de ménager une lacune, en quelque sorte une tentative de faire exister non seulement ce corps, mais d’y tenter le retour à une forme d'ex- sistence subjective qui sera évidemment vouée à l'échec.
Ce corps de plus en plus exclu de sa dimension sexuée vient faire retour de toutes les manières. Si nous reprenons la référence à Narcisse, nous pouvons nous amuser du dicton : « Qui va à la chasse perd sa place ! » Place subjective bien sûr, en l’occurrence !
Depuis longtemps, dans le cadre d'un travail sur la psychosomatique, je me suis intéressée aux travaux de David Le Breton dont l'ouvrage “Anthropologie du corps et modernité” est vraiment essentiel dans notre actualité.
En effet, l'un des axes de travail de David Le Breton est tout ce qui touche aux signes du corps et à ses blessures : tatouages, scarifications, automutilations, etc. Il se trouve que ces formes d'atteinte du corps sont de plus en plus fréquentes.
Premièrement, au niveau des tatouages il est avéré que, à l'opposé de ce qui se passait précédemment - groupes d’hommes dans des situations de lieux clos ou de groupes fermés, marins, prisonniers, bikers, etc.,c’était là où l’on rencontrait le plus souvent des hommes qui se faisaient tatouer (ce que se faisaient les marins entre eux pendant les navigations, très différent de ce qui se fait maintenant) - les femmes sont devenues majoritaires dans ces pratiques. En un weekend, on peut dénombrer 15 femmes qui se font tatouer pour un seul homme. Cela est surtout fréquent chez les jeunes de moins de 35 ans. Je vais reprendre quelques paroles citées par David Le Breton à propos de jeunes femmes qui se font tatouer dans une volonté d’appropriation de leur corps, et qui assimilent la douleur à une nouvelle naissance. Je vais citer plusieurs exemples où l’on peut entendre que, si pour certains le tatouage reste une simple ornementation du corps, pour d’autres il s’agit d’une écriture nécessaire pour marquer que ce corps leur appartient, en même temps que se signerait pour eux une vraie séparation d’avec le discours familial, et particulièrement celui de la mère. Ce n’est sans doute pas par hasard que ce soient de plus en plus des jeunes femmes, des jeunes filles.
J’ai une petite liste, c’est assez court chaque fois, de quelques exemples :
Une étudiante de 20 ans : « J’étais trop heureuse, c'était magnifique, difficilement explicable tellement ça m'a rendu heureuse. Je me sentais “moi”, c'était mes choix, mes désirs, j'avais pris une décision par moi-même. Même si ça n'allait pas se passer super bien chez moi, je me sentais tellement bien, soulagée ».
Une autre encore : « Quand j'enlève mes piercings, j'ai l'impression que je ne suis plus moi, j'ai l'impression d'être nue. »
Le tatouage devient une sorte de badge identitaire, une signature de soi.
Autre exemple : « C’était un coup de tête. J'ai eu envie et je suis entrée dans le magasin. J’étais fière de l'avoir fait, d'avoir passé le cap alors que je suis plutôt craintive. Mais j'ai pu me prouver quelque chose. C'était comme une responsabilité prise sur moi ».
Autre exemple : « C'est une touche personnelle que je voulais donner à mon corps, une touche qui vient de moi, non de Monsieur génétique. Quand tu te lèves de la chaise après le tatouage, ton corps a changé, mais toi aussi tu n'es plus la même. » Elle s’est trouvée plus désirable, plus sexy, plus femme, plus authentique.
Autre exemple : « J’ai quand même prévenu mes parents, mais après, ça c'est mon caractère, même s'ils veulent pas je le fais quand même. Avec la coupe de cheveux que j'ai déjà, ils savent qu'il faut pas me chercher. »
Un dernier exemple : «  J’ai essayé avec des fringues, mais ça tape pas assez. Je voulais me différencier. Je voulais être différent des autres, j'ai fait comme les gens qui veulent se marginaliser. »
A ces exemples nous pouvons opposer les paroles de cette mère à sa fille : « C’est moi qui t’ai faite, je ne veux pas que tu abîmes ton corps »
Qu’est ce qui pousse de plus en plus fréquemment les jeunes filles à se faire ainsi tatouer,